Tours et détours en Andalousie
Depuis que je suis arrivé en Andalousie, je me suis mis à la recherche d'un bateau pour finir mon permis mer, et d'un moyen de transport capable de traverser un océan.Ça prend un temps fou. Entre les visites des marinas, les e-mails, les contacts plus ou moins sérieux, je perds presque une semaine dans chaque grande ville pour arriver à mes fins.
D'abord dans les environs de Huelva. Installé en camping, entouré de camping-car allemands et de leurs propriétaires qui croient tous qu'un Suisse parle parfaitement allemand.
Alors que parfois c'est le cas et parfois c'est ja ja.
Cádiz est très jolie et je suis content d'y arriver. Par contre il n'y a pas que les factures qui me poursuivent mais également le covid. Je suis seul dans l'auberge. Beaucoup de voyageurs n'ont pu prendre leurs vols à cause d'omicron qui semble avoir réservé la plupart des avions. Et depuis ce jour il faut porter le masque sur le nez dès que tu lui fais prendre l 'air.
Et là, c'est le choc.
En Atlantique on a des villes avec des ports. En méditerranée on a des villes avec des ports et des échoppes de babioles chinoises le long des quais et des vieux hollandais en short avec tongues et chaussettes.
Si j'avais pas un objectif ici, je ferais demi tour illico.
Je visite mon premier bateau; et même quelqu'un qui n'a aucune notion de navigation n'en voudrait pas.
De toute évidence c'est un congolais qui a dû nettoyer la coque à la ponceuse, et pour faire joli, il a garni le pont de plaques, sois-disant en tek. Le fameux tek grisâtre en plastique avec des traces de colle qui dépassent.
C'est un pote à lui, j'imagine qu'il doit venir de Papouasie, qui a fixé le mât dessus. À la première rafale on doit se le prendre dans la gueule.
Un bolivien a du s'occuper du câblage électrique car il avait beaucoup de fil mais il s'est dit que ce serait plus simple à réparer si ça pendouillait partout.
Quant au propriétaire, je suppose qu'il était indien parce qu'avec sa vitesse d'élocution et son masque, j'ai à peu près rien compris.
Si j'avais 12'000.- à perdre je préférerais les balancer directement à la flotte plutôt que d'acheter ce machin.
Je pose mon merdier dans un camping pour la nuit et je me rends compte que j'en ai raz le bol des campings. Je sais pas combien de nuit j'ai passé sous ma tente depuis plus de trois mois mais là j'en ai marre.
J'aurais envie de jeter ma tente pour de bon, mais j'ai une angoisse, c'est qu'omicron commence à fermer les hôtels. Déjà que c'est pas simple tous les jours, si hôtels et campings ferment, j'ai tout intérêt à garder un bout de plastique sous la main en cas de catastrophe.
Je suis à Málaga le jour suivant.
J'avais détesté cette ville la première fois que je l'ai vue et cette fois-ci je m'y plais bien.
Je ne suis plus en train de voyager ou de visiter des lieux donc j'ai plus de temps à ne rien faire et c'est idéal pour une de mes grandes passions, la lecture. L'Espagne est bien équipée en petites librairies de seconde main et je suis tombé par hasard sur cette pépite:
Chaque jour est une remise en question.
Ai-je bien fait de partir alors que j'avais un cocon agréable?
Ma moto, qui m'a permis d'en arriver où je suis, est maintenant un frein parce qu'avec les taxes d'importation, il m'est quasiment impossible de la vendre ici pour continuer en bateau.
Dois-je revenir en Suisse pour la revendre alors que c'est l'hiver et qu'il faut présenter patte blanche pour franchir les frontières?
Trouver un petit job en attendant que la situation se décante, dans un pays où le taux de chômage s'envole, semble compromis.
Acheter un bateau est un plan possible, mais ne sera t'il pas, lui aussi, tôt ou tard un boulet?
Je suis parti dans l'espoir que, sur mon chemin, des réponses se présentent, mais chaque jour amène de nouvelles questions.
J'étais perdu dans mes réflexions longtemps avant de partir et, pour l'instant, je ne vois pas les signes qui me feront avancer.
En rejoignant mon véhicule ce matin, j'ai vu que quelqu'un avait décidé de me débarrasser de ma tente que je laissais négligemment fixée sur le siège passager. Sans doute que la personne qui m'en a délesté sera heureux de vivre en dessous. Par contre si il a plutôt l'espoir de la vendre il sera déçu. Comme nombre de mes affaires que j'ai jeté ou vendu depuis le début de l'année passée, une nouvelle aventure l'attend. Par contre ça aurait été sympa de me laisser la spanset.
Nouvel-an plutôt calme dans le centre ville de Málaga qui se videra quelques minutes après minuit.
Je continue mon périple le long de la mer et arrive à Almeria. Très jolie petite ville dominée par le fort d'Alcazaba. Même si j'ai un peu moins la tête à explorer des sites touristiques, ça ne m'empêche pas de profiter des lieux spectaculaires que je croise.